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Caroline Coppey
Caroline Coppey
Caroline Coppey

Sur le sol maculé de peinture de son grand atelier, Caroline Coppey a disposé une grande feuille marouflée. Sur un mur, ce qu’elle dit être « une esquisse du tableau qui se prépare ». Ailleurs, une collection multicolore de petits pots contenant des pigments compose une installation. Toujours ailleurs, près d’étagères sur lesquelles sont regroupés et apparemment rangés d’autres pots de couleurs variées, des bouquets de pinceaux et divers produits d’artistes, une sorte d’établi se dessine. Reposant contre un autre mur sous les fenêtres, des dizaines d’oeuvres polychromes sur papier froissé réunies sous l’appellation évocatrice de « Palettes » forment un corpus d’échantillons. Discrètement, à l’opposé, dans des alcôves créées par la disposition naturelle des lieux, ou appuyées contre une paroi, des toiles en nombre de différents grands formats témoignent d’une production intense.
Sur un coin de table, quelques exemplaires d’un livre à propos d’une « grille » de conception picturale qu’aurait construite le peintre Claude Monet sa vie durant. Elle m’a appris, peu de temps avant que nous nous rencontrions dans son atelier, qu’il s’agit de la thèse de doctorat qu’elle a écrite sur la pratique du peintre impressionniste, ses
recherches sur la couleur et la lumière, l’importance qu’il s’est donnée d’en étudier aussi sensiblement que méthodiquement la matière artistique. Le livre s’intitule Claude Monet : à l’école de l’oeil. Tout un programme, à la fois ambitieux et passionnant pour Caroline Coppey qui, indépendamment des codes personnels de compréhension qu’elle applique au célèbre peintre, entend dans sa mise en perspective s’interroger aussi sur ce qu’elle nomme « l’unicité de la couleur ».
Avec le pullulement des références à la couleur, l’atelier fait image de sa propriétaire qui s’y manifeste en le remplissant, comme des paysages ont pu métonymiquement contribuer à nourrir, animer et structurer en amont la pensée particulière de Monet.
Comme si l’atelier recélait cependant un mystère ou une réserve, l’impatience de Caroline Coppey à vouloir m’informer sur sa démarche singulière la conduit à anticiper nos échanges, lesquels vont, comme on le comprend, tourner autour du sujet de la couleur et de ses avatars. Reste qu’en s’épanouissant en même temps dans l’abstraction à travers sa nature conceptuelle et détachée, en refusant d’être un peintre de paysages imaginaires ou symboliques, Caroline Coppey assume le choix d’expressions artistiques qui l’émancipent explicitement de son modèle impressionniste. C’est donc comme peintre subjectif que Caroline Coppey évoque les puissances du coloris et qu’elle l’étudie comme un mode d’expression en soi, qu’elle en définit l’étendue et les limites, l’expérimentation et la théorie, les effets de réels et les puissances subjectives, la dimension architecturale ou décorative, la sensibilité non exclusivement rétinienne, d’éventuelles résonances synesthésiques avec la musique. C’est en artiste pensant en partie sa pratique comme une approche instaurative qu’elle place les gammes de couleur par idéations, qu’elle réfère les nuances de teintes tantôt naturellement liées à la lumière ou à un support par une création ou une re-création en mouvement et en actes. L’atelier résonne comme un lieu de production et une enveloppe allusive dont les oeuvres incarnent leur créatrice en même temps que son travail de pensée réflexive s’exprime. Caroline Coppey s’est-elle engagée dans une recherche « par » la couleur ou « sur » la couleur ? Ses interrogations et ses protocoles de création renvoient–ils à la place de l’artiste et du regardeur en action davantage que dans l’imaginaire du musée ?
Elle évolue sans difficulté d’un support papier à de la toile traditionnelle ou au film, de l’installation à l’oeuvre in situ : « J’aime bien mettre la peinture dehors, confie t-elle, j’aime confronter ses couleurs avec les colorations extérieures ». Me remémorant les ateliers clos ou ouverts sur l’extérieur de Monet, je juge que pour elle il peut s’agir à la fois d’un rappel ému d’instants de création que le peintre a pu trouver éminemment artistiques. Dans le cas de Caroline Coppey, il semble s’agir surtout de faire à la fois sens d’une lumière colorée et d’incarner par métonymie une plasticité autrement éclairante et argumentée.
En même temps que sa production se diversifie formellement, elle scénarise ses recherches par oscillations entre les techniques d’interprétations.
Les oeuvres sont alors peintes de tant de manières diverses qu’on peut en droit se demander si leurs recherches ne s’apparentent pas aussi d’une démarche de création en conception pour un travail qu’elle veut toujours remettre en cause. Par ses engagements, Caroline Coppey active en effet des formes d’aperçus critiques régulièrement à distance de leurs référents d’origine. Elle aborde et s’active alors à un travail dialectique de suggestions et de transpositions plastiques toujours particulières et argumentées à partir desquelles des tableaux deviennent des échantillons, des taches de couleurs prennent l’aspect de silhouettes, des feuilles entièrement peintes sont investies comme si elles devaient être perçues comme des fragments ou des « morceaux »… Dès lors, sa production prend l’aspect de moments qui semblent captés paradoxalement non par l’oeil seul mais par un travail paradigmatique de pratiques expérimentales susceptibles d’intégrer divers principes de dépôts et tous les
modes de relevés possibles, tous les supports et toutes les médiations, pourvu qu’elles soient sensibles. Désire t-elle en ce sens transposer dans de nouvelles saisies ou découvertes l’idée du croquis et de l’esquisse ? En utilisant de multiples fenêtres de conceptions autres, les séries intitulées Palettes, Chiffons, Tissus, Sols, Echantillons (numériques ou autres) réinvestissent à distance des questions posées par Claude Monet, elles filent par rapprochements méthodologiques certaines recherches d’artistes contemporains qui lui sont chers et qu’elle juge exemplaires (Sam Francis, Joan Mitchell, Agnès Martin, Eugène Leroy…). Je perçois alors dans son travail des reprises attentives de l’idée d’une maigreur assumée des moyens disponibles, une pression sous pesée des pratiques de créations impliquant une scénarisation particulière du fait d’exposer, sa marque sensible pour des gestes de fabrication pas complètement programmés. Il n’est alors plus utile pour elle de coller au maître impressionniste, elle préfère risquer le double oxymore d’une « école de l’oeil et d’une oeuvre visuellement parlante » afin de répondre au spectateur en assumant des oeuvres immersives, émotionnelles et singulières....
Reste cette profusion créative et sa production, toutes deux physiquement débordantes et envahissantes autant que surprenantes par leurs aspects. Reste cette plasticité où l’informe persiste à travers les taches, les coulures, les froissages, les hors champs implicites de tableaux dont les limites deviennent aléatoires, dont la matière picturale paraît parfois se défaire ou s’abolir dans l’évanescence des gestes et des transparences, dont le support même peut échapper aux contraintes du mur vertical pour virtuellement se « perdre » dans l’espace environnant…

En parlant d’une « unicité de la couleur », le sens qu’elle dit vouloir donner à la matière de son expérience de plasticienne peut s’entendre comme une aporie recherchée de la couleur, celle ci étant par définition immatérielle en étant à la fois relative à la lumière et à la physicalité des objets. C’est aussi un défi d’interprétation, par ses pratiques d’artiste avant tout guidée par sa sensibilité personnelle au coloris, paradoxes encore presque absolus d’une production sans cesse animée par des temporalités et une permanence explicitement attestée par sa visibilité et son ampleur. Loin de rassurer, Caroline Coppey semble vouloir faire de ses oeuvres, et peut-être de son travail, l’expérience métaphysique d’un toucher aussi pur que possible de l’expérimentation plasticienne.
Dans l’attente…
Il y a ces oeuvres que leur subjectivité et leur style à la fois spontané et sensible semblent alléger d‘une théorisation absolue…
Il y a ces gestes de création d’une tactilité fluide, poétique et instauratrice, que les oeuvres, de quelque format qu’il s’agisse, réactivent intimement par leurs subtiles temporalités…
Il y a cette singularité esthétique à partir du spectre chromatique le plus généreux…
Il y a ces formats dont la taille a tantôt valeur de microcosme ou macrocosme personnel, proximité et distance, dont la proximité subtilement intime constitue le viatique d’espaces intérieurs infinis…
Il y a ces paysages supposés par la culture de leur auteure, plus poétiques que mentaux, images parfois sublimées de Monet ou d’autres, à la faveur de l’« école de l’oeil »…
Il y a ces scénarisations successives, matières réflexives diffuses et générales d’un travail qui, parce qu’il se modifie sans cesse, ne s’explique pas unanimement…
Il y a ces tableaux que par ses gestes d’abstraction même, Caroline Coppey désordonne et livre symboliquement à l’imagination de chacun,…
Il y a ces visions et ce travail formel autour de l’unicité de la couleur dont l’habileté et la palette créative des moyens interrogent l’étendue du métier de peintre…
Il y a cette unicité de la couleur, si diverse et si aventureuse…
Pour Aponia, Caroline Coppey investira à n’en pas douter les espaces environnants du centre d’art, son volume intérieur… La couleur va diffuser ses rayons esthétiques, elle va régner en fée…
Diverses installations, diverses formes et diverses suggestions visuelles vont transmettre son message sensible…
L’artiste va partout tenter d’incarner la matière de sa « chromogénèse » du monde.
Alain Bouaziz, mars 2015

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