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"Fin de règne"

Baptiste Roux

 


 

Gisèle Bonin
Gisèle Bonin, Christine Mathieu
Gisèle Bonin, Christine Mathieu

Quand Christine Mathieu commence une série de photographies, quelle que soit l’origine des sujets représentés, le thème du portrait n’est jamais loin. Il n’est jamais illustré de façon conventionnelle non plus, chaque vue divergeant des normes du genre et de ses codes. La double question du sujet et du modèle se pose ainsi toujours dans son travail, et, parce qu’il induit des perspectives sur sa conception du réel et par rapport à l’aura de la photographie, cette répétition fait spécifiquement sens.
Car ses photographies montrent des créatures plus que des êtres. Elles présentent des parodies d’humains en remplaçant par des absences des êtres supposés, fabriqués et virtuels, des silhouettes aux contours flous plus que des personnalités incarnées, le tout dans des situations où la métaphore jouit. La fiction l’emporte sur le réel, la plasticité sur le document, l’engagement sur la technique.
Intitulée « La quête du silence », la série à laquelle Christine Mathieu travaille actuellement projette ses modèles dans un climat de cartes d’identité et de miroirs allusifs. À qui appartiennent donc ces visages enrubannés de tissus, de bandelettes ou de taffetas, couverts de formes ou piqués de matières végétales séchées et fixées à même leur support de polystyrène ? N’était-ce des ressemblances purement formelles avec des anatomies humaines, on est tenté aussi d’y voir des assemblages ironiques où des sortes de marionnettes ressortissent plus volontiers de l’art brut que de représentations de personnes singulières.
Dans leur linceul ou sous leur parure symboliques, chaque visage s’imagine comme une expérience corporelle paradoxale, entre palpitations et fait.
À ces mondes fantasmatiques, Christine Mathieu ajoute des environnements aux colorations subjectives, des éclairages «apparemment naturels », de sorte que l’oxymore créé avec l’impression d’être devant des restitutions allusives rend la réalité au fond plus transgressée que niée. Reste que ces arrangements qui privilégient l’expression sur la description parlent d’êtres autant que d’apparences, de doubles autant que d’avatars, de rêves autant que de comédie, que Christine Mathieu engage dans ses créations des dérives plus iconiques que purement photographiques, et qu’en ce sens son parcours engage une sémiotique.
Mais prenons garde, si cette dernière perspective fascine par ses éclairages et par ses ombres potentielles, la photographie n’impose en rien d’être techniquement objective.
La précision suggestive des cadrages et la tactilité des rendus, par la subtilité des enjeux mis visuellement en scène, font que la somptuosité des images aussi frappe l’imagination. En même temps, que de théâtres et que de peintures simultanément étudiés, que d’effets de surfaces et de transparences aussi efficaces que des estampes ! Christine Mathieu exprime dans ses photographies un esthétisme proche de l’hyperbole....
La photographie est-elle pour Christine Mathieu à la fois une fiction et un univers mental ? Il se trouve que ses images, qu’elles soient partielles ou sélectives, renvoient à des univers de femmes dont rien de ce qui les féminise symboliquement n’est minoré ou dissimulé. Ce sont des visages manifestement genrés, des connivences de formes et de compositions, des évocations sensorielles, des codes « re-silhouettés », quelquefois jusqu’à feindre l’évanescence… N’était-ce l’histoire même du regard et de la culture photographique dont l’art témoigne depuis la seconde moitié du XIXe siècle, et le trouble sur les questions de sujet depuis Marcel Duchamp, chaque vision, qu’elle soit in fine d’origine mécanique, ou qu’elle ait l’élégance d’un montage onirique, crée dialectiquement de la surprise sur ce que son auteur a souhaité illustrer, surprendre et enregistrer, ou promouvoir et exaucer, transmettre et décliner.
Inlassablement, dans l’entre-deux de l’atelier et des photographies de Christine Mathieu demeurent des images somptueuses qui, bien qu’elles soient théâtralisées, imposent esthétiquement leur hommage d’auteure.
Alain Bouaziz, septembre 2011

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