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L'Horizon

des évènements  Du 9/11 au 01/12

Vernissage

le 9/11 à 17h

 


 

Nikola Kapétanovic
Nathalie Borg, Charlotte Guibé, Benoît Manent, Nikola Kapétanovic
L'imprévu, l'accident

Peindre d’après une photo ou s’inspirer du sens que Walter Benjamin donne à l’aura du photographique : “unique apparition d’un lointain si proche qu’elle puisse être”, puis plus loin : “dans la trace, nous nous saisissons de la chose ; dans l'aura, elle s'empare de nous.” Tels sont au moins deux des défis relevés par les artistes présents à cette exposition : affirmer une mémoire et déréaliser le temps dans l’image, jouer l’imprévu au risque de l’accident. En dessinant de nouvelles perspectives visuelles, ses petites toiles et ses immenses micro-mondes mettent la photographie à l’épreuve de ses imprévus. Il y a quelques années, un photographe et professeur de photographie a publié un manuel intitulé “Comment rater vos photographies”. En présumant qu’il y a matière à créer de nouvelles normes de beauté, Nikola Kapétanovic lui offre dialectiquement, à travers ses peintures et ses dessins, l’impression d’un insoupçonnable hommage. Comme l’annonce en partie le travail de Kapétanovic, et tout comme l’avance implicitement le titre à deux entrées de cette exposition, ce n’est pas de ratages qu’il est question entre imprévu et accident, mais de moments intempestifs ou occasionnels à partir desquels toutes les ressources d’inventions d’images trouvent matière à apparenter du sens esthétique et iconique. Une nouvelle
référence à l’aura pointe avec l’imprévisibilité du fugitif, l’image non voulue mais captée et retenue. C’est en partant de découpages d’enregistrements réalisés en vidéo ou après des poses photographiques longues que Nathalie Borg vise des recherches de perceptions picturales à la limite de l’impression visuelle. Ses peintures semblent naître d’un temps infime qui lie de façon non conventionnelle les images entre-elles. Tel personnage surgit ou disparaît progressivement, s’active à quelque chose ou s’interrompt : pour un photographe amateur, ça donne une séquence animée ; pour Nathalie Borg, c’est l’ouverture sur la dialectique fortuite d’une expérience picturale et d’une expression aussi bien spectaculaires que purement imaginaires pour un spectateur. Telle autre vision ne dure qu’un laps de temps? Trop long pour en proposer une traduction abstraite et trop court pour en faire un geste pictural ? Pour en rendre compte, Nathalie Borg choisit de créer et de présenter comme des installations, des séries de story-board recomposables aux couleurs arbitraires. Véritables puzzles iconiques, les ensembles défient l’ordre narratif. Les images en noir et blanc alternent avec des vues colorées, l’incertitude s’installe quant à savoir laquelle est la plus fidèle, ou ce qu’est réellement son sujet.(...) Benoît Manent dit de son travail pictural : ”Je cherche des images prises rapidement, à la fois posées et spontanées, conjuguant naturel et artificiel. À partir de la photo, je travaille des questions simples et essentielles de la représentation : le geste, la pose, le regard, l’espace, la matérialité de l’image et du corps.” On lui fera remarquer que contrairement aux apparences, et pour nous souvenir du point de vue de Walter Benjamin sur l’aura du photographique, la photo n’est pas simple et spontanée. Elle l’est encore moins quand elle est objectivée par une vision de peintre et qu’à tous ses stades de conception, sont manifestement associés le régime de l’instantané d’allure photographique et celui d’images culturellement picturales. Ce qu’il reconnaît par ailleurs, quand il précise "Ce ne sont pas tout à fait des portraits : la relation du corps à l’espace est très importante, les personnes sont relativement petites dans le tableau. Mises à distance, elles deviennent alors des figures.” (...)
Il s’agit d’un écart ontologique que les images photographiques, qu’elles soient d’inspiration fixes ou filmique peinent à combler. Ce problème semble occuper le fond et la forme de l’engagement de Charlotte Guibé dont les oeuvres sont également présentées ici. Qu’est cette dimension photographique dont se nourrissent les productions de cette artiste formée aux Beaux Arts de Paris ? Elle revendique l’origine photomécanique et la vidéo mais, passés les emprunts et les reprises d’effets caractéristiques, rien dans sa peinture n’y réfère directement, si ce n’est à rebours ou accidentellement. Il faut, cependant, faire crédit à Charlotte Guibé d’être très claire sur la place utile de la photographie par rapport à sa production picturale : elle n’est ni un avant, ni un après, encore moins un pendant. Charlotte Guibé n’a donc pas le culte des images. Les vidéos qu’elle filme deviendront des peintures si par hasard et de façon imprévue, voire accidentelle “des faisceaux ou des poussières” s’y concentrent. Ce qui, toutes choses égales fait écho à la définition de l’aura de Walter Benjamin, mais en y incluant l’impondérable. C’est donc d’une autre sorte d’intelligence perceptive que se réclame Charlotte Guibé, une capacité à discerner les effets d’un éclairage mécanique qu’on sait être commun à la photo et à la peinture, et le sens d’une lumière dont on peut à juste raison prédire l’intérêt plastique.
Qu’il s’agisse des oeuvres de Nikola Kapétanovic ou de Nathalie Borg, de Benoît Manent ou de Charlotte Guibé, l’idée d’une présence photographique dans la peinture maintient la pertinence de relations complexes entre composition et saisie. L’aura définie par Walter Benjamin devient projet en même temps que la pratique visuelle se forme par contact avec le réel. Et si a priori rien n’est à proprement parler inattendu, imprévisible ou accidentel dans un centre d’art, on saura gré au Centre Aponia d’ouvrir une fois de plus la voie à quelque chose de plus que des pratiques picturales simplement figuratives.
Alain Bouaziz, 2009

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